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Faut-il vraiment tout ouvrir quand on rénove ?

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En rénovation, il y a une phrase qui revient souvent : « Et si on abattait cette cloison ? »

Ouvrir la cuisine sur le séjour, supprimer un couloir, réunir deux pièces pour créer un grand espace de vie… L’idée est séduisante. On imagine déjà la lumière qui circule, les perspectives dégagées et cette agréable sensation de volume.

À croire qu’une rénovation réussie se mesure parfois au nombre de cloisons supprimées ! Sauf qu’ouvrir davantage ne signifie pas forcément mieux habiter. Certaines cloisons méritent de disparaître, c’est vrai. D’autres ont une utilité qu’on ne soupçonne pas toujours. Et il arrive même que la meilleure solution consiste à en créer de nouvelles.

Alors, faut-il vraiment tout ouvrir quand on rénove ? La réponse est un peu moins spectaculaire qu’un grand coup de masse : ça dépend !

Ouvrir complètement : quand supprimer une cloison change tout

Il existe des logements dans lesquels les séparations finissent par devenir de véritables obstacles. Une pièce de vie morcelée, une cuisine isolée du séjour, des perspectives interrompues… Dans ces situations, décloisonner peut transformer radicalement la perception et l’utilisation des espaces.

C’est notamment le cas d’un appartement grenoblois que j’accompagne actuellement en rénovation.
Dans ce logement ancien, une cloison séparait deux pièces aujourd’hui destinées à former un seul et même espace de vie.

Lors de l’étude d’aménagement, j’ai exploré plusieurs configurations, dont une ouverture complète pour réunir le salon et l’espace repas, tout en préservant les deux cheminées existantes.

Le résultat ? Un volume généreux, dans lequel les différentes fonctions communiquent naturellement.

Mais attention, ouvrir complètement ne signifie pas renoncer à organiser l’espace. Ici, c’est le canapé d’angle qui dessine le salon. L’espace repas conserve son identité et un coin bureau trouve également sa place dans la pièce. Les limites sont là. Elles ne montent simplement pas jusqu’au plafond. 
C’est d’ailleurs cette configuration que la propriétaire a finalement choisie, privilégiant la sensation d’une grande pièce de vie entièrement ouverte.

Plan 2D d'un appartement réaménagé avec salon, salle à manger, chambre, cuisine et salle de bains.
Un espace de vie entièrement ouvert, où le mobilier suffit à délimiter le salon, la salle à manger et le coin bureau.
Vue 3D d'un salon avec canapé d'angle blanc, fauteuil, espace bureau aménagé dans une alcôve et coin repas à l'arrière-plan.
Sans cloison, le canapé structure le salon tandis que le coin bureau trouve naturellement sa place dans une alcôve.

Entre tout ouvrir et tout fermer, il existe quelques nuances

Ce qui est intéressant dans ce même projet, c’est qu’une autre proposition répondait au même cahier des charges, mais avec une approche différente.

La cloison disparaissait aussi, mais un meuble séparatif prenait place au centre de la pièce. Bibliothèque, rangements, télévision : le meuble devenait un vrai élément d’architecture. Il structurait les usages sans refermer le volume.
L’espace repas et le salon restaient connectés, mais chacun bénéficiait d’une délimitation plus affirmée. Deux propositions pour un même logement. Deux manières d’organiser les mêmes usages et aucune solution universellement meilleure que l’autre.

Car une séparation n’a pas nécessairement besoin d’être un mur.

Une bibliothèque traversante, un claustra, une verrière, une demi-cloison, voire un simple meuble suffisent parfois à structurer une pièce. Tout est affaire de dosage.

Faut-il préserver une perspective ? Filtrer les vues depuis l’entrée ? Offrir un appui au mobilier ? Garder un peu d’intimité sans sacrifier la lumière ?

Entre le grand plateau ouvert et l’enfilade de pièces fermées, il y a tout un nuancier.

Vue 3D d'une bibliothèque séparative en bois avec rangements et télévision intégrée, délimitant le salon et la salle à manger.
Une première esquisse de bibliothèque séparative sur mesure, pour illustrer comment structurer le salon et la salle à manger sans refermer les volumes.

Et si, au contraire, on ajoutait des cloisons ?

Voilà qui peut sembler paradoxal dans un projet de rénovation. Pourtant, tout ouvrir ne rend pas un lieu plus agréable à vivre.

Prenons un chalet à Méaudre, dans le Vercors. Pensé pour la location saisonnière, il venait d’être racheté par une propriétaire bien décidée à y vivre à l’année. Et là, tout change. On n’habite pas un chalet au quotidien comme on y passe une semaine de vacances. Au rez-de-chaussée, la pièce de vie était largement ouverte. Parfait pour des vacanciers, mais insuffisant pour les besoins de la nouvelle propriétaire. 
Il manquait une vraie entrée. Un placard, une assise, de quoi suspendre les manteaux. Le genre d’équipement dont on mesure l’importance en rentrant chez soi un soir de février, chaussures trempées et bras chargés. 
Côté cuisine, il fallait garder les équipements existants tout en gagnant du plan de travail. De quoi cuisiner à l’aise, installer le robot pâtissier et disposer enfin d’une vraie surface de préparation.

La réponse n’a donc pas été d’ouvrir davantage. Au contraire : redonner des limites et des fonctions à cet espace.

Entre l’entrée et le salon, le projet prévoyait une séparation à mi-hauteur, pour adosser du mobilier de chaque côté. Un claustra pouvait la prolonger et filtrer les vues, sans refermer la pièce.
Ici, les nouvelles séparations ne venaient pas réduire les possibilités d’aménagement, elles en créaient de nouvelles.

Parfois, ajouter une cloison permet tout simplement de mieux profiter du reste de la pièce.

Plan 2D de l'état existant d'un chalet à Méaudre, avec entrée, escalier, cuisine, salle d'eau et grande pièce de vie.
L'état des lieux du chalet : un grand espace ouvert, mais une entrée encore peu structurée et des fonctions à repenser.
Plan 2D d'un chalet réaménagé à Méaudre, avec entrée délimitée par une demi-cloison, cuisine optimisée et salon ouvert.
Ici, quelques séparations bien placées permettent de créer une véritable entrée et de mieux organiser la cuisine, sans sacrifier l'espace de vie.

Une cloison, ça ne sert pas seulement à séparer

C’est sans doute ce qu’on oublie le plus facilement lorsqu’on envisage de décloisonner.

Une cloison ferme une pièce, bien sûr. Mais elle peut aussi porter une bibliothèque, servir de dossier à un canapé, masquer une entrée, préserver l’intimité, freiner le bruit. Créer une perspective, guider un déplacement, accueillir du sur-mesure. 
À l’inverse, mal placée, elle bloque la lumière, complique l’ameublement et découpe un volume pour rien.

Ce n’est donc pas sa présence ou son absence qui détermine la qualité d’un aménagement, mais le rôle qu’on lui donne. Encore faut-il, avant de la condamner, vérifier qu’on peut techniquement s’en passer.

Toutes les cloisons ne tombent pas aussi docilement qu’on le voudrait. Dans l’ancien, certaines ont fini par reprendre une partie des charges avec les années, sans que personne ne leur ait rien demandé. D’autres cachent de l’électricité ou de la plomberie. Et la petite démolition du samedi peut vite devenir un chantier à part entière.

Autant de questions qu’il vaut mieux se poser avant de sortir la masse !

Alors, faut-il vraiment tout ouvrir ?

À Grenoble, une cloison tombe. La pièce de vie s’agrandit, et c’est le mobilier qui prend le relais pour organiser l’espace. Dans une autre version du même appartement, un meuble séparatif trace une frontière plus nette entre les usages.

À Méaudre, le mouvement s’inverse. Le chalet gagne des cloisons, et avec elles une autre manière d’y vivre.

Trois approches différentes, mais une même logique : ne jamais décider d’ouvrir ou de fermer sans comprendre ce que l’on cherche à améliorer. 
Car une cloison n’est ni bonne ni mauvaise en soi. C’est un outil d’aménagement, au même titre que le mobilier, la lumière ou les volumes.

Alors, avant de vouloir tout abattre, posez-vous plutôt cette question :

Qu’est-ce que cette ouverture va réellement apporter à votre quotidien ?

Parce qu’au fond, le bon nombre de murs, c’est celui qui colle à votre façon de vivre.

📷 Carnet photographique, plans & visuels 3D : Bulle Intérieure

🌿 Et si la bonne question n’était pas « quel mur abattre ? », mais « comment mieux habiter ? »

Supprimer une cloison, en créer une, ou simplement repenser la place du mobilier : chaque choix change la façon de vivre un espace.

Mon rôle d’architecte d’intérieur, c’est d’explorer ces possibilités avec vous, en partant de vos usages, pour trouver celles qui ont du sens pour votre logement et votre quotidien.

Les murs, on en parle ensuite.